L’image de l’école publique algérienne chez les parents d’élèves dans la région de Bejaia
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العدد 24 جوان 2017 N° 24 Juin 2017

L’image de l’école publique algérienne chez les parents d’élèves dans la région de Bejaia

Rachid BESSAI
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  • Abstract
  • Auteurs
  • Texte intégral
  • Bibliographie

 تكمن أهمية هذه الدراسة من الناحية السوسيولوجية لكونها تعالج إشكالية تندرج في إطار سوسيولوجية تفاعل الأسرة بالمدرسة كمحاولة لفهم الارتباطات المعقدة بينهما، حيث نريد من خلال هذا المقال إبراز تمثلات ومواقف أولياء التلاميذ تجاه المدرسة العمومية في الجزائر لهدف معرفة، ما هي الصورة التي يحملها الآباء في أذهانهم، والمكانة الاجتماعية التي تحضى بها المدرسة عندهم. سنحاول من خلال هذه الدراسة السوسيولوجية الكيفية أن نهتم بدراسة وتحليل آراء الأولياء حول واقع المدرسة الحالية مقارنة بوضعها في الماضي، ما هي الأشياء التي تغيرت، والتي تتغير، والتيلم تتغير إطلاقا؟ وأخيرا، سنحاول الاجابة عن تساؤل رئيسي في بحثنا وهو: هل المدرسة الحالية مازالت تستقطب اهتمام الأولياء والعائلات بشكل أوسع كوسيلة لتحقيق الارتقاء الاجتماعي؟

La présente étude vise à traiter une problématique qui s’inscrit dans la sociologie des interactions famille-école pour tenter de comprendre les liens complexes qu’entretiennent ces deux institutions. Nous voulons à travers cet article analyser les représentations des parents d'élèves de l'école publique en Algérie afin de savoir quelle  image que se font les parents de l’école. Nous tenterons, à travers une approche sociologique qualitative, d’étudier leurs représentations de l'école actuelle par rapport à celle qu’ils ont connue dans le passé, et de voir ce qui a vraiment changé dans l’école, ce qui est en cours de changement et ce qui n'a pas encore changé.Enfin, nous tenterons de répondre à l’une des questions principales de notre étude: l’école d’aujourd’hui suscite-t-elle l’intérêt des parents et des familles comme moyen d’ascension sociale?

This study aims at treating a problematic that is a part of the sociology of family-school interactions so as to try to understand the complexities combining the two institutions. We will, through this article, analyze the representations of the parents of public school pupils in Algeria to see how parents consider the school. We will try, through a qualitative sociological approach, to study their representations of the current school compared to the one they had in the past, and to see what has really changed in the school. Finally, we will attempt to answer one of the major issues of our study: does school raise the interest of parents and families as a means of social advancement?

Introduction

Après l'indépendance l'école était le lieu de grands intérêts pour de nombreuses couches sociales de la société algérienne, car les individus perçoivent l’école comme étant la seule institution éducative capable de former des intellectuels ayants des qualifications et des compétences qui seront des cadres de la notion. Cette perception est véhiculée largement par beaucoup de familles algériennes parce que l’école constitue une grande opportunité pour espérer une ascension sociale. Elle occupe donc une place importante dans la société vue la valeur des diplômes qu’elle délivre (un privilège social), notamment pour les couches défavorisées.

Aujourd’hui, l’école est-elle dans la même situation? Quel est son statut dans les représentations parentales? Les différents discours alarmistes de la société sur l'école au cours des vingt dernières années ont conduit à une baisse de valeur au niveau des représentations des parents d’élèves, la plupart des aspirations, des espoirs et des attentes auxquelles les parents se sont attachées sont évaporées au fil du temps (Réflexions : l’école en débat1998. 35).  La société ne considère plus l’école comme un moyen efficace de réussite, mais bien au contraire, elle nous donne une image pessimiste de l’école, sous prétexte qu’elle est devenue une institution de production de chômeurs selon certains parents et qu’elle n’est pas en mesure d'apporter des changements attendus, et de suivre l'évolution dans le monde et par conséquent elle a failli à sa mission, or elle est censée être au centre du changement social.

Les représentations des parents de l'école publique algérienne peuvent être divisées en trois pôles: le premier à une vision positive de l'école, il est représenté par une minorité de parents d’élèves ayant pratiquement des expériences réussies à l'école, ils reconnaissent sa nécessité et sa valeur, ils la qualifiant comme une contrainte incontournable dans l’éducation et la socialisation des enfants. L’école est une source pour l'acquisition des connaissances et un moyen du progrès social. Le deuxième pôle, représenté par une catégorie de parents qui estiment que les effets de l'école publique peuvent être classés parmi les grands problèmes de la société algérienne comme celui du chômage et du logement.

Cette catégorie de parents considère l’école comme étant responsable de l’augmentation du taux de chômage, elle pense que l’école n’a pas de sens, si elle n’est pas en mesure de guider la formation des jeunes (RARRBO Kamel 1995. 119). Quant au troisième pôle, il représente une catégorie de parents d’élèves ayant exprimé leurs profondes inquiétudes vis-à-vis de l’école. Cette institution qui est censée jouer son rôle classique, celui d’apprentissage, de formation, d’enseignement d’histoire et surtout d’assurer le transfert du patrimoine culturel entre les générations, mais cela n’a pas été fait convenablement ce qui a affecté le processus d'identité culturelle de la jeunesse algérienne. Ces représentations parentales de l’école publique peuvent être expliquées par leurs discours produits par rapport à l’éducation de leurs enfants, mais aussi par rapport au contexte socioculturel des familles auxquelles ils appartiennent.

Nous entendons par le concept discours familial, toute discussion positive ou négative produite par les membres de la famille autour de l'institution scolaire. La recherche de François DE SINGLY sur la famille contemporaine a montré que le discours familial bien construit basé sur l'objectivité et la communication se trouve généralement dans les familles instruites. Il incite l'enfant à comprendre le langage et la logique de l'école parce qu’il est doté d’un capital culturel familial très riche qui lui permet de s’adapter et de s’intégrer rapidement dans l'environnement scolaire. En effet, plus cet héritage culturel est enraciné dans la famille, plus les pratiques éducatives sont bien calculées et inscrites dans une forte tradition (DE SINGLY François 2010. 47).

Notre recherche se porte sur quatre aspects principaux reflétant les grandes variables que nous voulons étudiées sur le terrain. Nous avons pris soin d'étudier d'abord l'image de l'école publique chez les parents d’élèves, puis nous avons analysé leurs opinions vis-à-vis de l'école actuelle par rapport à celle qu’ils ont connue dans le passé. Nous avons étudié dans la troisième variable les attitudes des parents par rapport à l’offre scolaire pour voir si l'école actuelle attire l'attention des parents.Enfin, nous tenterons de montrer dans le dernier élément ce que préfèrent les parents, l'école publique ou l’école privée?

1/ Problématique

La situation dans laquelle se trouve l’école publique aujourd’hui, est sans doute derrière l'émergence de plusieurs attitudes négatives envers elle. On voit ces attitudes sous formes de discours plus au moins sévères dénonçant l'école et remettent en cause sa capacité de former des générations, ce qui a engendrer  un discours pessimiste sur l'école. Cependant, on peut supposer que la différence dans les niveaux socioculturels de la famille algérienne à émerger  des représentations différentes de l’école. L'image de l'école chez les parents est souvent influencée par les difficultés et les expériences qu'ils ont connues eux-mêmes dans le passé : si elles sont vouées à l’échec, éventuellement leurs discours sur l’école tend à être négatif, en revanche s’ils ont vécu des expériences réussies à l’école, leurs discours seront fort probablement positifs (CACOUNAULT Marlaine 1998. 56).

Il convient de noter qu'il existe une sorte de contradiction entre les paroles et les actes chez les parents. Cette idée est le fruit d’un ensemble d'observations que nous avons enregistrées lors de notre enquête, car nous avons remarqué que les déclarations des parents par rapport à l’éducation de leurs enfants ne correspondent pas à leurs actions.P. Meirieusouligne que les parents veulent parler de ce que le chercheur veut entendre, et ce n’est pas de ce qu’ils vivent quotidiennement dans leurs familles (MEIRIEU Philippe 2000. 88).

Ils essayent parfois de donner une image de ce qu’il devrait être et non de ce qu’il y a réellement. Les parents ont généralement une bonne réflexion sur ce qu'il faut faire dans l’éducation de leurs enfants mais ne montrent pas le même enthousiasme dans leurs pratiques. En outre, si beaucoup de gens seraient d'accord que l'école offre un service public au peuple et que sa fonction est loin d’être sous-estimée, néanmoins certains d’entre eux ne sont pas d’accord sur la façon dans laquelle elle se progresse.

Certains parents ont une vision pessimiste de l’état actuel de l’école, mais aussi de son avenir. Ils accusent souvent l’école comme étant responsable de la détérioration du niveau des élèves et de leurs échecs. Les représentations parentales de l’école publique sont différentes voir même contradictoires, lorsque les parents parlent de l’école actuelle, ils ont tendance à la comparer à l'école qu'ils ont connue dans le passé. Ainsi, leurs représentations de l’école dépondent de leurs souvenirs qu'ils connaissaient à l’école (GAYET Daniel 1999,80). Ces représentations ont des influences remarquables sur les pratiques éducatives parentales, soit elles suscitent un intérêt majeur pour les parents, soit une indifférence totale.

Cela nous conduit à supposer dans un premier temps qu’il existe un conflit entre ceux qui  défendent l'école actuelle où leurs enfants sont scolarisés, et ceux qui glorifient l’école ancienne. On peut se demander dans ce contexte: quelles sont les représentations et les attitudes des parents de l'école publique? Dans quelle mesure peut-on dire que la famille dans notre société s’intéresse toujours à l'école, et nourrit de grands espoirs sur elle pour parvenir à une mobilité sociale?

2/ Hypothèse

Le point de départ de notre enquête est fondé sur l’hypothèse suivante : Même si les parents d’élèves expriment leurs mécontentements envers l’école publique en produisant parfois un discours pessimiste de son avenir, néanmoins la famille algérienne à travers ses représentations accorde  une valeur à l’école et se fixe de grands espoirs pour parvenir à une ascension sociale. Cet intérêt se manifeste par une forte mobilisation dans l'éducation des enfants par les parents.

Notre intérêt pour vérifier le contenu de cette hypothèse sur le terrain, est motivé par certaines contradictions observées dans notre société, car nous avons constaté que les parents à travers leurs discours ont une image négative de l'école par le biais de critiques répétées à propos de ce qu'ils offrent à leurs enfants. Mais si l'on regarde leurs préoccupations par rapport à la scolarité de leurs enfants, on les trouve significatives. Les parents adoptent des stratégies qui visent à investir dans l’enjeu scolaire peu importe ce que cela leur coûte du temps ou de l'argent. C’est pourquoi, il nous semble intéressant de mener une enquête sociologique sur le terrain afin d’expliquer ces contradictions.

3/ Procédures méthodologiques    

Afin de vérifier le contenu de notre hypothèse sur le terrain, le choix de la méthode et la technique d’investigation sont impératifs. A cet effet, nous avons choisi une approche qualitative, qui semble à notre avis la plus adéquate pour étudier les représentations parentales de l’école publique. Notre utilisation du qualitatif dans cette étude se justifie également par le choix de la technique d’enquête, car nous avons utilisé la technique d’entretien qui nous permet d’approfondir plus avec les parents par une série de questions destinées aux parents d’élèves par rapport à leur représentations de l’école (PAILLE Pierre & MUCCHIELLI Alex 2008. 202).

Nous avons utilisé dans cette recherche un entretien « semi-directif » dans le but d'interroger les parents d'élèves en toute liberté. Ensuite, connaitre leurs attitudes en répondant à nos questions qui visent à dégager l’image que constituent les parents de l’école et les facteurs qui motivent leurs attachements ou leurs indifférences par rapport à l’institution scolaire. Notre population d’étude est constituée d’un groupe de parents d’élèves ayants des enfants scolarisés, répartis en deux groupes de 15, ce qui nous donne le total de 30parents, originaires de la wilaya de Bejaia.

Notre expérience en tant qu’enseignant dans l’éducation nationale et notre connaissance de plusieurs écoles dans cette région nous a permis de bien mener cette enquête auprès des parents dans cette localité d’autant plus que les études sociologiques consacrées à ce sujet sont rares dans cette région. Nous avons passé par plusieurs écoles pour contacter ces parents en collaboration avec les présidents des associations de parents d’élèves, ainsi avec les différents chefs d’établissements. Les parents sélectionnés appartiennent à des milieux sociaux qui ne sont pas forcément homogènes. Après avoir fixé des rendez-vous avec les parents, nous avons mené la plupart de nos entretiens dans les écoles où leurs enfants sont scolarisés. 

4/ Analyse du contenu et présentation des résultats

Après avoir rassemblé notre corpus d’étude, nous avons procédé à l’analyse thématique du contenu des entretiens réalisés avec les parents. Nous avons choisi quatre thèmes majeurs dans lesquels nous allons regrouper les résultats de notre enquête:

1/ La place de l’école publique chez les parents d’élèves.

2/ Avis des parents sur l’école actuelle par rapport à celle de leur époque.

3/ L’école d’aujourd’hui suscite-elle l’intérêt des parents?

4/ Que préfèrent les parents, l’école publique ou l’école privée ?

1/ La place de l’école publique chez les parents d’élève

La majorité des parents (23sur 30) représentant un taux de 76.7% de l’effectif  global, donnent une importance et une valeur à l’école publique, elle est la plus importante institution de socialisation vue sa fonction éducative et sociale, car elle permet à l’enfant d’apprendre la science, de s’intégrer dans la vie sociale, d’acquérir sa personnalité et de développer ses capacités intellectuelles, comme le montre l'une des déclarations:

« L'école signifie pour nous d'abord l'éducation, la connaissance et la science. Elle est très importante pour notre famille. J'explique toujours à mes enfants la différence entre l'homme instruit et l’homme sans instruction, entre celui qui pousse plus loin dans ses études et celui qui quitte l'école à l’âge précoce…l’école est un lieu de savoir, de culture et d’éducation, on ne peut en aucun cas la sous-estimer». Cette déclaration ressemble presque à la majorité des réponses de nos enquêtés par rapport à leurs attitudes envers l'école algérienne. Beaucoup de parents ont une vision positive de l'école et une image plein de confiance malgré les lacunes et les insuffisances observées.

Ils comptent beaucoup sur elle pour assurer la réussite de leurs enfants. Cette idée va dans le même sens à ce que montrent certaines études. L'école figure parmi les principales préoccupations de la plupart des familles modestes ou défavorisées. Ces dernières vivent dans une pression constante et préoccupées par l'éducation de leurs enfants par crainte de l’échec parce qu'elles ne sont pas armées de moyens matériels et culturels, qui peuvent avoir un impact positif sur la scolarité des enfants (BEAUD Stéphane 1995. 173).

« L’éducation et la science sont la base de l'évolution de la société. L’école signifie l'avenir des enfants et du pays tout entier. L’école est la seule issue pour atteindre le succès ».Toutes ces phrases sont répétées fréquemment dans les discours de nos enquêtés, ce qui suggère qu'ils ont un attachement fort à l'école, comme le confirme l’un des parents interrogés: «Je suis contre l'idée de blâmer l'école publique, car elle ne peut pas se développer par ces discours négatifs. Il y a ceux qui travaillent bien et avec une conscience professionnelle, donc il ne faut pas voir uniquement les mauvaises pratiques. Le progrès d’une nation ne peut se faire sans l'éducation et la science.  Je suis une personne sans instruction, mais je vois l’école et le savoir comme la lumière qui nous guide dans la vie et le vrai chemin de l’avenir».

Même si les gens pensent que les familles instruites accordent une grande importance à l’école par rapport aux autres familles, où les parents investissent davantage dans l’enjeu scolaire à travers leurs pratiques quotidiennes en matière d’éducation, l’école est présente souvent dans le discours quotidien de ces familles, car elle est considérée comme un moyen d’atteindre les meilleures positions sociales. Il faut signaler par conséquent que l’image de l’école est très forte aussi chez les familles modestes (BENALI Radjia 2004. 212). Nous avons constaté auparavant que les parents accordent une grande importance à l’école et parfois elle est sacralisée dans certains cas par les personnes analphabètes. L'école est pour eux un moyen de se débarrasser des conditions sociales difficiles, l’obtention du diplôme par exemple permettra à son détenteur d’atteindre une position sociale confortable.

Par ailleurs, nous avons notée est que l'école algérienne attire davantage l'attention des familles, à l'exception de sept parents représentant un pourcentage timide (23.3%) de l’effectif  global, ont déclaré qu'ils ne comptent pas sur l'école, sinon la majorité des parents interrogés (76.7%) ont exprimé leurs grands espoirs et même une grande confiance en l’institution scolaire. Cela veut dire qu’ils ont de fortes attentes quant à l'avenir de leurs enfants, comme le montre ce témoignage d’une mère interrogée lors de l’enquête: «Oui, oui ... je compte sur l'école publique à 100% parce que je connais beaucoup de gens qui ont réussi dans leur vie à travers l’école. Lorsque l’individu est instruit, il ne trouve aucune difficulté pour comprendre les choses…regardez les pays puissants comment ils ont progressé, je pense que cela n’est possible que par la science. Laissez-moi vous confirmer que dans notre famille le passage par l’école est impératif pour atteindre le succès».

Cette catégorie de parents n’est pas influencée apparemment par les discours alarmistes et pessimistes de certaines familles envers l’école, au contraire, elle défend l’institution scolaire parce qu’elle est le seul moyen de parvenir à une mobilité sociale. Cet attachement fort à l'école exprimé par les parents a poussé certains d’entre eux à faire des sacrifices par rapport à quelques valeurs traditionnelles et à quelques concessions culturelles (par exemple, permettre aux filles de poursuivre leurs études dans une autre ville pour aller le plus loin possible dans les études : le primat des études sur le projet de mariage). Ces transformations se sont imposées à la famille progressivement, mais aussi elles sont à l’origine de plusieurs attentes familiales sur le plan scolaire et professionnel pour espérer une mobilité sociale (JOUHIR Latifa 1995. 210).

Il faut rappeler aussi que l'école permet à l'individu de développer ses capacités, ce qui lui donne la possibilité d'atteindre ses objectifs et ses aspirations et de sortir de la situation sociale vécue par sa famille. Par exemple, le succès au baccalauréat est une occasion pour lui de sortir de sa coquille culturelle et sociale pour découvrir un autre environnement social. L'école prépare l'individu à la vie professionnelle, ainsi elle pousse l’individu vers la modernisation et à l’autonomie sur le plan économique (GOMBERT Philippe 2008. 55). Passer par l’école afin d’obtenir un diplôme est le meilleur moyen pour l’individu de s’imposer dans sa propre classe sociale, il lui permet de graver les échelons, mais aussi le diplôme est un moyen de réussir dans la vie dans plusieurs domaines.

Quant à la deuxième catégorie de parents, qui représente un taux de 23.3% ne compte pas sur l'école et ne met pas de grands espoirs sur elle, au contraire, les parents de cette catégorie préfèrent d'autres moyens pour parvenir à la réussite de leurs enfants (ex: l’exercice du commerce), comme le montre ce témoignage d’un père entrepreneur : «Sincèrement nous n'attachons pas beaucoup d'espoirs à l'école parce que les choses ne sont plus comme avant…le succès d'une personne ne dépend pas de l'école seulement, mais il y a plusieurs voies et moyens de réussir. Le meilleur exemple que je vous donne est celui de mes enfants, les études n’ont pas étaient utiles pour eux, donc ils sont devenus des commerçants, ils manquent de  rien aujourd’hui ».  

L’école et l’apprentissage pour cette catégorie de parents ne sont pas inclus dans leurs calculs,  ils ne se soucient pas de la scolarité de leurs enfants, ce qui explique peut-être leur démission de leurs rôles en tant que parents envers leurs enfants, ils ne contactent pas l’école sauf en cas de convocation de la part de l’administration ou à la fin de l’année pour retirer le bulletin de leurs enfants. Ce manque de confiance envers l’institution scolaire exprimé par ces parents peut être expliqué par l’existence d’une stratégie basée essentiellement sur le capital économique en cherchant d’abord la richesse matérielle, ce qui rend les parents plus pragmatiques, donc ils ne comptent pas trop sur l'école, ce n’est pas parce qu'ils ne savent pas faire, mais parce que l’école selon eux n’a pas jouée son rôle comme il se doit. Ces parents invoquent de nombreux exemples dans la société de ceux qui prenaient beaucoup de temps à l'école sans qu’ils réussissent, de nombreuses personnes qui ont obtenu des diplômes sans qu'ils trouvent un travail et surtout  de nombreux diplômés universitaires sans qualifications.

Tous ces facteurs ont affecté la relation famille-école, si la fonction de l'école était dans son principe l'intégration de l’individu dans la vie professionnelle et sociale, mais elle est loin du principe de la méritocratie qu’on trouve dans les systèmes éducatifs connus par l’égalité des chances où l'on trouve une personne inscrite dans la position de travailler selon sa spécialité, ses capacités et ses qualifications scientifiques (DURU-BELLAT Marie & VAN ZANTEN Agnès 2002. 68). Or, la réalité dans notre société prouve quelque chose d'autre, ces facteurs objectifs sont absents face à la puissance des facteurs sociaux à l’image de l'environnement familial, l'origine sociale et le réseau des relations sociales qui décide de l'avenir d'une personne sur le plan socioprofessionnel.

2/ Avis des parents sur l’école actuelle par rapport à celle de leur époque

Pour pouvoir comprendre les représentations parentales de l’école en Algérie et les différents facteurs qui influencent les attitudes des parents, il est nécessaire dans un premier temps d’analyser d’abord, comment perçoivent-ils l’école publiqueactuelle par rapport à celle de leur époque. Il ressort après l’analyse des entretiens, que plus de la moitié des parents interrogés (19sur 30) représentant un taux de 63.3% de l’effectif  global, ont déclaré que l'école dans le passé est meilleure que celle d’aujourd’hui, ils ont avancé plusieurs arguments d’après leurs discours, comme le montre cette déclaration d’un père retraité : «L'école de notre temps est meilleure, parce que les étudiants de l’époque avaient le désir d'étudier et d'apprendre malgré le peu de moyens. Tous les gens glorifient la science et respectent beaucoup les enseignants, car il n’y a pas autre chose qui peut nous éloigner des études. Par contre aujourd'hui, je remarque que le niveau des diplômés de notre système éducatif est très faible, qui continue même de se détériorer…je pense que cette génération ne s’intéresse pas vraiment aux études, elle ne veut pas fournir des sacrifices, les enfants préfèrent des choses toutes faites et sont intéressés par d'autres choses ».

Parmi les justifications et les raisons invoquées par les parents quand ils ont parlé de l'école algérienne dans le passé ; c’est que les enseignants étaient plus sérieux et déterminés dans leurs activités. L’enseignement était en langue française, ce qui rend la qualité de la formation très remarquable. Sur le plan éthique, les parents sont très calmes et respectueux, ils ont de bonnes relations avec l'école. La déclaration ci-dessous d’une mère est un bon exemple : «L'école dans le passé est meilleur en termes de qualité d’enseignement, les programmes scolaires sont plus connectés avec la réalité…l'éducation à l'école était simple, loin de tout conflits politiques. Même les enseignants dans le passé étaient meilleurs en termes de performance, ils étaient plus sages par rapport à ce que nous observons aujourd'hui. Donc même le niveau est sans doute pas le même».

On peut comprendre à travers les déclarations des parents que l'école de leur époque est caractérisée par des qualités positives qu’on ne trouve pas dans l'école actuelle, notamment sur le plan disciplinaire et déontologique. Lorsque nous avons interrogé nos enquêtés sur leur   image de l’école publique, ils réagissaient souvent en comparant l'école actuelle à l'école de leur temps, c’est pourquoi le débat entre les parents et leurs enfants sur les questions liées à l’éducation est tendu, ce qui rend bien évidemment  le principe de l'équilibre du pouvoir au sein de la famille plus fragile,  car les pratiques éducatives du passé ne sont plus celle du présent.

Certaines études sociologiques ont montré que les stratégies éducatives menées par la famille par rapport à l'éducation des enfants sont inspirées des expériences personnelles vécues par les parents dans le passé. Ainsi, leurs discours et leurs représentations de l'école dépondent de leurs souvenirs qu'ils connaissaient à l’école. Ces représentations auront une incidence sur les pratiques éducatives parentales, soit par un engagement fort sur le plan scolaire ou par une indifférence totale (GAYET Daniel 1999. 80).

Par ailleurs, les parents ont évoqué à travers leurs discours une école sinistrée en citant  plusieurs inconvénients pour justifier leurs attachement à l’école ancienne comme le montre cet exemple: « Malheureusement, l'école actuelle est très dégradée notamment en termes de niveau, un étudiant qui a obtenu un baccalauréat dans les années 80est meilleur que celui   qui a réussi son bac aujourd’hui, il y a une grande différence entre les deux que ce soit dans le niveau ou dans le degré de réflexion, malgré les moyens disponibles maintenant ».

Cette déclaration reflète un peu ce que« ADDI Houari »a expliqué par rapport la réalité de l'école algérienne et les divers problèmes dans lesquels elle soufre, sont indissociables des conditions socio-économiques du pays, qui ne sont pas les mêmes par rapport aux années 80(ADDI Houari 1999. 77). Bon nombre de transformations constatées ont influencé l’école algérienne, ce qui est le point de vue de l'un des parents interrogés: « Je pense que la vie aujourd’hui est complexe, nous vivons dans une société en plein mobilité, car les parents ne peuvent pas suivre régulièrement leurs enfants pour plusieurs raisons, ce qui explique ce désintéressement total de la part de la famille. Par contre auparavant, il y a plus d’attention de la part de nos parents…je me rappelle bien comment mes parents sont sévères par rapport à notre éducation, même s’ils ne sont pas instruits, mais ils ne tolèrent pas une moindre faille en matière de respect et d’éthique ».    

Nous avons enregistré également après avoir analysé les entrevues que les parents qui ont défendu l'école ancienne, critiquent l'école actuelle sans proposer des solutions. Les parents qui ne s’intéressent pas à la scolarité de leurs enfants, ils reprochent souvent à l'école d’être responsable de l'échec scolaire de leurs enfants. Les opinions parfois négatives avancées par les parents par rapport à l’école, étaient en raison du faible du niveau d’instruction des élèves, compte tenu de la situation dégradée de l’école dans les dernières années. Ces positions apparaissent sous formes de discours dénonçant l'école et remettant en cause leur capacité à remplir sa fonction. Beaucoup de critiques adressées à l'école, l’ont qualifiée d’institution catastrophique: des programmes inadaptés à la réalité sociale, des expériences pédagogiques inachevées, un enseignement quasiment théorique, une corruption dans la gestion des établissements scolaires, etc.

L’un des parents interrogés a déclaré que : « L'école algérienne est sinistrée au sens propre du mot, elle a connu depuis longtemps une crise multidimensionnelle. La réforme n’a rien donné et je pense qu’il ne suffit pas d’importer les programmes scolaires ou des méthodes pédagogiques, mais il faut apprendre aux élèves comment pratiquer…Permettez-moi de vous donner un exemple: l’apprentissage dans l’éducation civique est orienté vers des questions liées à la ville, à l'urbanisation, au travail municipal, aux valeurs de la  citoyenneté, au fonctionnement des institutions étatiques, mais sans qu'il y ait des sorties sur le terrain au profit des élèves pour voir comment ces institutions fonctionnent réellement sur le terrain ». Nous avons constaté à travers l’analyse des représentations parentales par rapport à l’école publique qu’il y a finalement une sorte de lutte entre deux catégories de parents ou chacune d’elles à sa façon de construire une position selon laquelle elle peut contenir ses intérêts : entre ceux qui préfèrent l’école actuelle par rapport à celle qu'ils connaissaient dans le passé, qui représente un taux de 36.7%, et ceux qui défendent ou glorifient l'école ancienne par rapport à celle d’aujourd’hui, représentant un taux de 63.3% des parents interrogés.

Le premier type de parents, pense que l'école a évolué en termes de capacités d’encadrement et de contenu pédagogique, les parents sont optimistes quant à son avenir, elle se dirige de plus en plus vers la modernisation. Alors que les parents dans le second type sont contre la nouvelle tendance qu’a connue l’école aujourd’hui, car en fait, rien n'a changé, ce sont des changements de forme uniquement et l'avenir est incertain. Cette façon de voir l’école différemment a poussé certains sociologues à trouver des explications, il existe selon eux deux approches paradoxales de l’école représentant deux courants de pensée : le premier croit au changement, à la modernité, au progrès et à l'ouverture sur le monde, ce courant est représenté par des parents modernistes adhérents à la philosophie libérale.

Le deuxième courant croit à l’état nation et aux valeurs anciennes, représenté par des parents conservateurs, qui veulent garder la situation telle qu'elle est afin de préserver les intérêts de la classe dominante à l'école (GAYET Daniel 1999. 81). On peut transposer cette explication à notre société, car ces deux visions paradoxales sur l’école se ressemblent à ce qui se passe réellement dans la société algérienne. Il existe un conflit entre deux catégories de parents (les francophones et les arabophones). Chaque catégorie essaye d’influencer et d’orienter l’école vers son idéologie en fixant des objectifs à long terme et tente d'exploiter l’école pour ses intérêts personnels et aussi pour reproduire sa position sociale.

Ce conflit entre ces deux catégories reflète vraiment un conflit entre deux sociétés : une société dite conservatrice représentée par l’élite arabophone, et une société de modernité représentée par les francophones (BOURDIEU Pierre 1985. 21). Chaque société à sa propre façon d'imposer ses idées afin de récupérer l’école, ceci est apparu largement dans la question de la réforme du système éducatif algérien où les points de vue se divergent par rapport à la direction que l’école doit suivre pour accompagner le développement de la nation. L’élite arabophone tout comme l’élite francophone essaye à tout prix de guider l'école par leurs idéologies et se défendre à la lumière des contradictions existantes, ainsi de se reproduire en imposant leurs modèles éducatifs. Elles tentent de s’imposer dans l’école à travers la langue et la culture pour rendre leur domination dans la société plus légitime.

3/ L’école d’aujourd’hui suscite-elle l’intérêt des parents?

La réponse à cette question est nécessaire afin de savoir comment les parents perçoivent l’école publique. Les entretiens que nous avons menés auprès de nos enquêtés ont montré que les parents se sont divisés en deux catégories, il y a ceux qui ne sont pas convaincus de ce qu’offre l'école à leurs enfants, représentant un taux de 63.3%, et ceux qui croient au contenu scolaire, mais qui souhaitent que l’école soit meilleure, ils représentent un taux de 36.7% de l’affectif interrogé. Les premiers préfèrent l’école de leur époque à celle d’aujourd’hui, donc ils comptent  moins sur elle pour plusieurs raisons : des programmes non étudiés et ne répondent pas aux aspirations de l’individu, absence de moyens de divertissement dans les établissements scolaires, le primat du quantitatif sur le qualitatif et surtout l’arabisation des matières scientifiques qui accompagnent mal le rythme du développement technologique.

Une mère interrogée sur cette question a déclaré: «Je ne suis pas convaincue de ce qu’offre l’école à mes enfants, surtout en termes de contenu pédagogique dont la plupart des matières ne sont pas utiles pour l’élève…bon nombre d’activités dans le passé n’existe pas actuellement à l’école telles que la peinture, la musique et l'activité manuelle ». Ces insuffisances en termes d’activités signalées par les parents ont affecté la valeur de l'école, ce qui explique aussi que beaucoup d’entre eux sont démissionnaires de leurs rôles éducatifs envers leurs enfants, ce qui signifie qu'ils se soucient peut de l'école.

Or, les parents dans la deuxième catégorie préfèrent l’école actuelle par rapport à celle du passé, ils croient qu’elle n’est pas trop mauvaise en termes de savoir et de connaissances délivrées aux élèves, ils sont optimistes, néanmoins ils mettent des réserves par rapport à la méthodologie d’enseignement, qui est révolue selon eux, A leurs yeux, cela est dû à la faiblesse de la formation des enseignants, comme le confirme l’un de nos enquêtés : «Je suis convaincu que l'école offre à mes enfants des bonnes choses en termes d'information et de connaissances même si je ne suis pas d’accord sur la méthodologie adoptée par les professeurs. Mais je peux dire qu’il y a plusieurs points positifs dans l’école actuelle en termes de moyens matériels et humains, il manque juste la bonne gestion ». 

Ces parents se tournent vers l'éducation et la scolarité de leurs enfants comme un moyen de prouver leur  existence sociale. La réussite scolaire et sociale sont liées l’une avec l’autre, car la réussite de l’élève veut dire la réussite de l’école. Cette catégorie de familles croit à l'efficacité sociale de l'école, autrement dit les activités scolaires ne portent pas de sens sans les comparer aux objectifs sociaux qui leur sont destinés. Daniel THIN, sociologue de l’éducation a expliqué cette problématique en disant : « Le lien entre le contenu scolaire et les exigences sociales pour ces parents ayant une vision pragmatique est une source de leurs représentations sociales de l'école comme étant un moyen pour atteindre le succès.» (THIN Daniel 1998. 161).

L’une des conclusions les plus remarquables de cette recherche est que l’image de l’école publique reste encore très forte chez les parents, elle suscite encore l’intérêt des personnes et des familles peu importe la classe sociale dans laquelle elles se trouvent. Cet attachement à l’école exprimé par la majorité des parents qu’on a interrogés traduit fortement leurs prises de conscience de la valeur d'apprentissage et du savoir dans la vie de l’individu, ce qui explique leurs grands espoirs à l’école, comme le montre cette déclaration d’une mère: « D'après ce que je vois dans notre société, je pense que les familles attendent beaucoup de l’école. Tu n’as qu’à voir comment elles se mobilisent autour de la scolarité des enfants au début de l’année. Je vois que tous les gens inscrivent leurs enfants à l'école, parce qu’ils savent que l'éducation est la base de tout : comment peut-on mettre au même pied d’égalité la personne instruite et la personne non instruite? ».

Si les familles populaires ont une perception positive de l’école et les parents respectent les enseignants et reconnaissent leurs qualifications et leurs compétences, mais cela est insuffisant pour assurer la réussite, ils doivent s’impliquer dans la vie scolaire de leurs enfants et ne pas être uniquement des consommateurs de tout ce qui vient de l'école (Bouveau Patrick & Cousin Olivier 1999. 100).Cependant, nous avons enregistré lors de l’enquête que certains parents représentant un pourcentage timide de (13.3%) ne se soucient pas beaucoup sur ce qui se passe à l’école, ils envoyaient leurs enfants à l’école comme c’était une habitude seulement. Peut-on qualifier cela comme étant une démission de leur rôle dans le suivi scolaire ? Un père nous a déclaré à propos de ce type de parents: « Il y a une indifférence totale de la part de quelques parents, car ils ne contactent pas l’école sauf à la fin de l’année scolaire pour récupérer le bulletin de leurs enfants. Ils critiquent sévèrement l’école en dressant un tableau noir sur elle, mais ce que je ne comprends pas pourquoi ils continuent d’envoyer leurs enfants à l’école? ». 

Il semble que l’essentiel pour cette catégorie de parents est d’envoyer leurs enfants à l’école, mais sans qu’ils les accompagnent dans leurs scolarité, peut-être parce qu’ils sont incapables de le faire, mais de toute manière cette indifférence à l’égard de l’éducation et de la scolarité des enfants est très présente dans plusieurs familles algériennes. Cela s’explique par le fait que ces parents ont probablement une autre perception de la réussite sans passer par l’école. Elle est absente dans leurs calculs, d’autant plus que l’école actuelle d’après eux ne les écoute pas suffisamment et ne prend pas leurs opinions au sérieux et n’associe pas les parents dans les activités organisées en les laissant donc hors-jeu.

Les sociologues de l’éducation ont interprété autrement cette indifférence remarquée chez les parents : le fait de s’éloigner de l'école pour certains parents ne veut pas dire qu’ils sont démissionnaires de leur rôle de suivi scolaire, mais c’est une stratégie pour échapper aux pré-jugements, aux menaces de l’échec exprimées par l’école, ce qui rend les parents indiscrets face à ces harcèlements en essayant à tout prix de protéger leurs enfants contre le risque d'exclusion (BOUVEAU Patrick et COUSIN Olivier 1999. 101). Par ailleurs, ce qui a attiré notre attention à travers les déclarations des parents c’est que ; d'une part ils critiquent souvent l'école et expriment leur rejet en produisant parfois un discours pessimiste, ce qui donne l’impression qu’ils sont indifférents face à l’école.

Mais d'autre part, ils n’arrêtent pas d’envoyer leurs enfants à l'école en leurs fournissant toutes les conditions et les moyens nécessaires pour étudier. Cela indique bien évidement qu’il y a une sorte de contradiction entre ce qu'ils disent et ce qu’ils font. Bref, malgré les insuffisances évoquées par les parents, l'école demeure encore le seul moyen d’ascension sociale pour la plupart des familles. Oui, elle suscite l’intérêt des parents d’élèves  à travers de grands espoirs fixés à l’institution scolaire, qui se traduit probablement d'une manière latente par un ensemble de stratégies à travers lesquelles les parents investissent d’une façon permanente et consciente dans l’éducation des enfants.

4/ Que préfèrent les parents, l’école publique ou l’école privée?

L’objectif de cet élément est d'étudier les représentations des parents non seulement de l’école publique, mais aussi de l’école privée, nous voulons savoir quel établissement préfèrent-ils pour leurs enfants ? Autrement dit, quel établissement qu’ils jugent approprié pour atteindre leurs objectifs ; l’école publique ou l’école privée ? Après avoir interrogé les parents sur cette question, la majorité d'entre eux (24sur 30) représentant un taux de 80% de l’effectif  global était favorable pour l’école publique, ils l’ont considérée comme étant la plus proche pour réaliser leurs ambitions sur le plan scolaire et social. Les mêmes parents ont exprimé leurs refus de l’école privée, comme nous a indiqué l’un d’ente eux:

« Honnêtement, je ne crois pas aux écoles privées parce que je suis au courant de leurs fonctionnements,… je vois bien comment l'administration met la pression sur les enseignants pour gonfler les notes des élèves. Les parents qui inscrivent leurs enfants dans ces écoles ne sont pas au courant de quelques anomalies, ce sont généralement des commerçant, des cadres supérieurs et des industriels, ils croient que leurs enfants réussiront mieux, alors que ce n’est pas vrai ».

Les parents de cette classe dominante (les défenseurs de l’école publique), appartiennent à La catégorie des parents conservateurs, ils ont exprimé leur confiance à cette école, ce n’est pas parce qu’elle est étatique et gratuite, mais parce qu’elle englobe selon eux plusieurs culture contrairement à l'école privée qui est une destination des riches uniquement, ainsi était la réponse de plusieurs parents : «Je fais confiance à l'école publique pour atteindre les objectifs et les aspirations de notre famille à l'avenir, parce qu’elle appartient au peuple et intègre toutes les couches sociales sans exception. L’Algérie est puissante comme son école, elle a prouvé sa capacité à former des générations…écoutez ! Nous sommes tous issus de cette école, donc je ne trouve aucun inconvénient pour la défendre ».

L’investissement dans l'école est la seule option pour ces parents afin d’espérer une mobilité sociale ou une position sociale confortable. Les attentes parentales en termes d’éducation sont très significatives, les parents cherchent à tout prix la réussite scolaire de leurs enfants, ce qui explique leur attachement à l’institution scolaire (Kherroubi Martine 2008. 114). Si l’école accuse parfois les parents d’être démissionnaires de leurs rôles vis-à-vis de leurs enfants, la réalité nous montre que ces mêmes parents investissent massivement dans l’enjeu scolaire. Ce qui caractérise la relation parents-école dans notre société est que les parents expriment de grandes ambitions, mais beaucoup d’entre eux ne trouvent pas les moyens pour les réaliser. 

Certains parents que nous avons rencontrés ont rejeté l'idée d'inscrire leurs enfants dans une école privée sous prétexte qu’elle n’est pas égalitaire, car l’aspect commercial prime sur l’aspect pédagogique. En plus, elle n’est d’après les parents qu’un moyen de différenciation sociale et de prestige revendiqué par certaines classes sociales. Une mère a déclaré à ce propos: «Moi personnellement, je préfère l'école publique, peu importe sa situation, parce que la vérité est devant moi ; il n’y pas de pédagogues dans les écoles privées. Je connais plusieurs parents qui ont payé beaucoup d'argent à l'école privée sans qu’il y ait du rendement…ils ont regretté d’avoir quitté l’école publique».

Néanmoins, nous avons constaté qu’il y a une catégorie moins dominante de parents (6sur 30) représentant un taux de 20% des parents interrogés, préfèrent mettre leurs enfants dans des écoles privées, ils appartiennent à la catégorie des parents modernistes. Ils avaient opté pour ces écoles par conviction, car il existe selon eux une prise en charge meilleure de l’élève sur le plan pédagogique. Ces parents défendent l’école privée parce qu’elle est la plus appropriée pour atteindre leurs objectifs éducatifs, comme le montre cette déclaration d’un médecin interrogé : «Oui, j’ai inscrit mon fils à l'école privée parce que je suis convaincu qu’il va apprendre mieux, il aura plus de connaissances et de qualifications. L’enseignement se fait sérieusement, d’autant plus que les matières scientifiques sont enseignées en langue française, ce qui est en parfaite adéquation avec l’enseignement universitaire ».

Les changements survenus dans notre société en termes de moyens d'éducation et de la mobilité sociale a fait de l’enseignement une source de concurrence entre plusieurs classes sociales pour atteindre le succès rapidement et occuper une position sociale confortable (BOUTEFNOUCHET Mustapha 1980. 33). « Je vais inscrire mon enfant à l’école privée ». Cette phrase est très répétée dans le discours des parents quand ils ont exprimé leur rejet de l’école publique. L'émergence de l'école privée dans notre pays n’est qu’une réponse aux exigences de certaines familles en termes d’investissement dans l’éducation, les parents sont devenus des clients pour cette école au sens pragmatique du terme, parce qu’elle travaille leur intérêts, si pourquoi ils comptent sur elle pour assurer l’avenir de leurs enfants. L’école privée pour ces parents est meilleur que l’école publique, parce qu’elle assure une bonne discipline, une qualité dans l’enseignement et d’encadrement pédagogique (TROGER Vincent 2001. 41).

Le recours des familles à l'école privée peut être considéré comme une stratégie, les parents inscrivent leurs enfants dans l’école privée pour les fuirent vers un milieu moins concurrent et pour avoir plus de chances de réussite à l’école en la contournant vers leurs propres intérêts (THIN Daniel 1998. 176).Par ailleurs, certains parents se dirigent vers l’école privée soit parce qu’ils ont perdu confiance en l’école publique, ou parce qu’ils veulent créer leurs propre classe sociale. Mais ce qui a attiré notre attention dans la société algérienne plus au moins pendant cette dernière décennie c’est que le recours à l’école privée est devenu à la mode, peu importe les résultats obtenus. C’est une façon de se distinguer des autres et un privilège qu’il n’est pas à la portée de tout le monde, aussi un moyen pour certains de produire une hiérarchie dans la société à la recherche d’un nouveau statut social.

Conclusion

Après l’analyse du contenu des entretiens, on peut dire que contrairement à ce qui a été dit sur les parents d’élèves comme étant démissionnaires et ne s’intéressent pas à la scolarité de leurs enfants, il ressort finalement qu’ils ont exprimé un attachement fort à l’école publique, ce qui explique leurs grandes ambitions et une forte mobilisation autour de l’enjeu scolaire. Les parents finissent par donner une grande valeur à l’éducation et à l’école à travers leurs attitudes positives, ce n’est pas parce qu’elle est considérée comme un moyen de parvenir à la réussite de leurs enfants, mais parce que l’école est parmi leurs préoccupations principales.

L'école est la seule solution pour les parents que nous avons interrogés, non pas parce qu'ils ne disposent pas d'autres options pour atteindre le succès, mais parce qu'ils ont une confiance totale en l’institution scolaire et de grandes attentes quant à l'avenir de leurs enfants. Les parents ont aussi une image positive concernant les questions relatives à la science et au savoir, c’est pourquoi leurs représentations de l’école publique sont positives également, ce  qui explique donc leurs attachements à l’école en fixant en elle de grands espoirs pour parvenir à une ascension sociale. Cet intérêt se manifeste par une forte mobilisation autour d’un enjeu central, celui de l'éducation de leurs enfants.

Références bibliographiques:

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2-                                              BENALI Radjia. Les pratiques éducatives des parents algériens  : entre tradition et modernité. Thèse de doctorat en Sciences de l'éducation,  sous la direction de Paul Durning, université Paris 10, 2004, p212.

3-                                              BOURDIEU Pierre (1985). Sociologie de l’Algérie, édition PUF, Paris, p21.

4-                                              BOUTEFNOUCHET Mustapha (1980). La famille Algérienne, édition SNED, Alger, p33.

5-                                              BOUVEAU Patrick & COUSIN Olivier & FAVRE Joëlle (1999). L’école face aux parents, édition ESF, Paris, pp100, 101.

6-                                              CACOUNAULT Marlaine & OEUVRARD Françoise (1998). Sociologie de l’éducation, édition Casbah, Alger, p56. 

7-                                              COLLECTION réflexions (1998) « L’école en débat, », n°2, septembre 1998, édition Casbah, Alger, p35.

8-                                              DE SINGLY François (2010). Sociologie de la famille contemporaine, 4èmeéd, édition Armand Colin, Paris, p47. 

9-                                              DURU-BELLAT Marie & VAN ZANTAN Agnès (2002). Sociologie de l’école,édition Armand Colin, Paris, p68.

10-                                        GAYET Daniel (1999). C’est la faute aux parents, édition la Découverte, Paris, pp80, 81.

11-                                        GOMBERT Philippe (2008). L’école et ses stratèges, collection le sens social, édition PUR, Paris, p55.

12-                                        HOUARI Addi (1999). Les mutations de la société Algérienne : famille et lien social dans l’Algérie contemporaine, édition la Découverte, Paris, p77.

13-                                        JOUHIR Latifa. LHYPERLINK "file:////CLK/?IKT=1016&TRM=L'école+et+la+société+face+au+défi+de+la+modernité. Thèse de doctorat en Sciences de 1éducation, sous la direction de R. Colin. Université Paris 8, 1995, p210.

14-                                        KHERROUBI Martine (2008). Des parents dans l’école, édition Erès, Paris, p114.

15-                                        MEIRIEU Philippe(2000). L’école et les parents, édition Plon, Paris, p88.

16-                                        PAILLE Pierre & MUCCHIELLI Alex (2008).L’analyse qualitative en sciences sociales et humaines, édition Armand Colin, 2èmeed, Paris, p202.

17-                                        RARRBO Kamel (1995). L’Algérie et sa jeunesse, édition l’harmattan, Paris, p119.

18-                                        THIN Daniel (1998). Quartiers populaires : l’école et les familles, presse universitaire de Lyon, p161.

19-                                        TROGER Vincent (2001). L’école, édition Le Cavalier Bleu, Paris, p41.

Pour citer ce document

Rachid BESSAI, «L’image de l’école publique algérienne chez les parents d’élèves dans la région de Bejaia»

[En ligne] مجلة العلوم الاجتماعيةRevue des Sciences Sociales العدد 24 جوان 2017N° 24 Juin 2017
Papier : ,
Date Publication Sur Papier : 0000-00-00,
Date Pulication Electronique : 2017-06-21,
mis a jour le : 21/06/2017,
URL : http://revues.univ-setif2.dz/index.php?id=2141.