Les psychothérapies psychanalytiques des personnes victimes de violence
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العدد 12 جويلية 2010 N°12 Juillet 2010

Les psychothérapies psychanalytiques des personnes victimes de violence
ppfr : 17 - 31

Dalila SAMAI-HADDADI
  • resume
  • Auteurs
  • Texte intégral
  • Bibliographie

Sous l’éclairage de l’approche psychodynamique et partant d’observations cliniques ponctuelles, courtes ou longues, recueillies au Centre d’Aide Psychologique Universitaire (CAPU) à l’Université d’Alger, la communication abordera  les différentes phases de la psychothérapie d’inspiration psychanalytique en direction des personnes ayant été soumises à des événements violents. L’auteur évoquera les séances d’investigations pour aboutir à la liquidation des  effets douloureux de l’événement traumatogène en passant par son intégration progressive.

Sera accordée l’attention nécessaire aux processus psychiques qui expliquent théoriquement l’évolution positive de ce type de prise en charge du traumatisme psychique en s’appuyant sur des modèles de fonctionnement psychiques qui mettent en exergue l’idée que la psychothérapie des traumatisés, comme toutes les psychothérapies psychanalytiques est tributaire de la gestion de l’énergie pulsionnelle.

INTRODUCTION

          Le terrorisme, les inondations de Bab El Oued et le tremblement de terre de Boumerdès, à Alger et ses environs, ont suscité des demandes d’aide psychologique dans les différents services qui s’occupent de la santé des citoyens. Elles ont d’ailleurs permis d’asseoir sur des bases concrètes l’intervention psychothérapeutique du psychologue clinicien. D’ailleurs, reconnaissant l’efficacité de son intervention, le Ministère de la Solidarité fait, maintenant, appel à ses compétences dans les catastrophes, à l’instar de celle que vient de connaître la région de Ghardaïa, dans le pays et celle de Ghaza, en Palestine.

Comme l’atteste Z. Messaoudène (2007), la demande s’adresse, aujourd’hui, au psychologue clinicien, désigné par le nom de ''médecinتاع الخلعة '' . Cette évolution dans les mentalités n’est pas le fait du hasard, elle est intimement liée, d’abord, à la demande, ensuite aux effets positifs des formations en direction des psychologues cliniciens, dans lesquelles, celle de la psychothérapie d’inspiration psychanalytique occupe une place centrale. Cette dernière se fonde sur des principes, dont essentiellement et non exclusivement, le respect du cadre et la maîtrise d’une méthodologie de la relation. Celle-ci, exploite  les outils précieux du transfert  et du contre-transfert pour venir à bout des plaintes du patient.

 Le travail que je soumets aujourd’hui, compte apporter une contribution à l’édifice des psychothérapies des traumatisés, en Algérie, qui jette la lumière sur une pratique clinique soutenue  de  la psychothérapie psychanalytique depuis 1990 à ce jour.

En effet, dès que le pays connaît une catastrophe d’une certaine envergure, la prise en charge des personnes soumises à des excitations violentes prend une part importante dans mes différentes consultations. Mais, parallèlement, je continue à pratiquer cette même psychothérapie auprès de personnes qui vivent des drames intérieurs sans que la réalité traumatogène qui les entoure ne soit pour autant évoquée. Ces deux types de cliniques me permettent, aujourd’hui, de tirer des enseignements sur les processus mis en jeu dans l’évolution d’une prise en charge psychologique, depuis l’investigation, jusqu’à l’interruption du contrat thérapeutique, dont j’en donne une illustration, aujourd’hui, auprès des personnes traumatisées.

L’INVESTIGATION

  Après avoir vu mon patient à deux reprises pour un entretien d’une heure et demie, environ, je le confie à un collègue de l’équipe pour un examen psychologique approfondi, à l’aide du Rorschach, du TAT et de la Figure Complexe de Rey. Cette procédure applique la notion psychanalytique des entretiens préliminaires, versus psychothérapie des traumatisés (C. Garland, 1998). L’entretien obtenu est aussitôt systématisé à l’aide du repérage des Particularités Majeures et des Caractéristiques Actuelles que j’emprunte à la classification psychosomatique (1989) de l’investigation de Pierre Marty et de ses collaborateurs (1994). Un avant et un après le traumatisme est alors nettement mis en exergue, ce qui permet d’émettre, d’abord l’hypothèse de l’incidence ou non des événements violents sur le fonctionnement psychique du patient, ensuite la qualité des processus psychiques qui y sont impliqués. Les conduites psychologiques concrètes relevées dans la rubrique des caractéristiques actuelles vont recevoir, des épreuves projectives et de la FCR, des confirmations, des compléments, des explications de leurs manifestations singulières au cas par cas.   L’exemple clinique suivant illustre l’investigation telle que je la conçois, aujourd’hui.

Hakim est âgé de 33 ans lorsqu’il se présente à la consultation de psychologie du Centre d’Aide Psychologique Universitaire. A la veille de ses fiançailles, il est orienté par son médecin de travail, car il ne pouvait  envisager son mariage avec la persistance d’une angoisse sub-aigue diagnostiquée et traitée depuis six mois par son psychiatre. Malgré qu’elle soit de durée brève, cette angoisse l’inquiète au point où il a peur de « devenir fou », me confie t-il.

A l’entretien d’investigation, Hakim arrive avec sa mère, tant il avait  peur de manifester un malaise en cours de route. En effet, depuis ses attaques paniques, il présente des tremblements, une tachycardie, des vertiges, accompagnés de sueurs très abondantes. A notre demande d’expliquer l’origine de ses troubles, Hakim les fait remonter aux inondations de Bab El Oued. Alors qu’il était sûr d’avoir complètement « réglé ce problème », les morts vus lors de ces inondation lui rappellent « curieusement », notet-il, l’assassinat de son frère par des terroristes, survenu sept années auparavant. Les attaques de panique se manifestent lorsque Hakim sent des odeurs : de parfum, des toilettes et des plats pendant la cuisson. Il ne comprend pas la raison qui l’a amené à annoncer cet assassinat à ses parents pourtant poursuit-il, « je m’étais juré que si on assassine mon frère, je ferai tout pour ne pas être la personne qui l’annoncerait à mes parents ». Cependant, il relève que paradoxalement, il n’a pas pleuré son frère et s’était très bien occupé des cérémonies funéraires.

Hakim est l’aîné d’une famille composée de deux sœurs et de deux frères. Il aurait  dissuadé son frère de suivre la formation de policier, car à l’époque, le terrorisme ciblait ce corps de profession. En se rendant au commissariat, quelques heures après l’assassinat de son frère, on lui désigne l’assassin, un ancien ami à lui. C’est dit-il « une incitation à chaud à me venger. Cet homme est actuellement un repenti et je ne veux pas le détester. Cependant, cela ne m’empêche pas de présenter mes attaques de panique quand je le vois ». Pour éviter cette souffrance, Hakim ne se rend plus à la mosquée, car c’est surtout là « où je risque de le croiser » explique t-il. En fait, ancien sympathisant des mouvements islamistes, il s’est toujours arrangé pour le dissimuler à ses parents : ''je n’ai jamais porté de barbe, par exemple, mes parents sont kabyles et n’aiment pas les islamistes''.

Hakim a toujours peur de faire de mauvais rêves sur son frère et «de toutes façons, je ne rêve jamais des morts », ajoute t-il, malgré l’image atroce qu’il a fraichement gardé du corps de son frère, allongé par terre en face de la mer, le jour de son assassinat. Il revoie cela encore comme des ''flash back''.

Hakim a toujours été un enfant, un adolescent puis un adulte, sans problèmes.  L’assassinat de son frère l’a beaucoup rapproché de ses parents. En ne se rendant plus à la mosquée, il a pris du plaisir à communiquer avec ses parents, sans toutefois évoquer le frère assassiné. Tout comme sa grand-mère paternelle qui l’avait élevé et à laquelle il était très attaché, il semblait, selon toute probabilité, souffrir d’hypocondrie.

Les données anamnestiques montrent clairement trois périodes de la vie de Hakim : avant, après l’assassinat de son frère et enfin après le temps qui s’était écoulé entre la date de la première consultation et celle des inondations de Bab El Oued. Cette dernière période, d’une durée de 7 mois s’est caractérisée par la manifestation d’un état qui rappelle les descriptions consensuelles de névrose traumatique (S. Freud, 1920, C. Barrois, 1998), de PTSD (Post Traumatic Stress Disorder (DSM IV, 1996) et de traumatisme psychique (L. Crocq, 1998). Dans cette manifestation aigüe, la notion psychanalytique d’après-coup et celle des effets positifs et négatifs du traumatisme semblent centrales.  L’après coup, «Terme fréquemment employé par Freud en relation avec sa conception de la temporalité et de la causalité psychique : des expériences, des impressions, des traces mnésiques sont remaniées ultérieurement en fonction d’expériences nouvelles, de l’accès à un autre degré de développement. Elles peuvent alors se voir conférer, en même temps qu’un nouveau sens, une efficacité psychique (J. Laplanche et J.B Pontalis, 1994,  p. 33).  Quant aux effets positifs et négatifs des traumatismes, Freud, à la fin de sa vie, dans Moïse et le Monothéisme (1939) les conçoit ainsi : « Etudions en premier lieu les traumatismes. Tous se situent dans la première enfance jusqu’à la cinquième année environ. (…) Les traumatismes ont deux sortes d’effets, des effets positifs et des effets négatifs. Les premiers constituent des tentatives pour remettre le traumatisme en valeur, c'est-à-dire pour ranimer le souvenir de l’incident oublié ou plus exactement pour le rendre réel, le faire revivre (…) Les réactions négatives tendent vers un but diamétralement opposé. Les traumatismes oubliés n’accèdent plus au souvenir et rien ne se trouve répété ; nous les groupons sous le nom de « réactions de défenses » qui se traduisent par des « évitements », lesquels peuvent se muer en « inhibitions » et en « phobies ». (Freud, 1948, p 101 et 102).

Suivant ces deux définitions, Hakim, avec sa symptomatologie bruyante, évoque, dans l’après coup, les effets positifs et négatifs du traumatisme. Cependant, dans cette logique, il nous reste à régler le problème de leur lien effectif avec l’enfance puisque tous les traumatismes «… se situent dans la première enfance jusqu’à la cinquième année environ». Or, tout ce que nous savons de celle-ci, c’est que Hakim était un enfant sage à l’écoute plus de son corps que de ces proches.  A part cette grand-mère à laquelle il était attaché mais aussi à laquelle il s’était identifié, par ses plaintes hypocondriaques, Hakim ne laisse pas entrevoir les inévitables traumatismes d’avant l’âge de cinq ans. Cependant, une inquiétante étrangeté (S.Freud, 1919), se lit à travers le discours sur le frère qui semble le fait d’un chatouillement des strates de représentations du frère ennemi de la horde primitive (1911) mais aussi celui « du narcissisme des petites différences » (S. Freud, 1929). Le premier renvoie à la relation au père tandis que le second à celle de la mère, sinon comment expliquer ce « collapsus topique » ?  (C. Janin, 1996). En effet, Hakim semble vivre un réel t

Bibliographie

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14- FERENCZI.S (1934), Réflexions sur le traumatisme, in Œuvres Complètes, Psychanalyse IV, pp. 139-147.

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Pour citer ce document

Dalila SAMAI-HADDADI, «Les psychothérapies psychanalytiques des personnes victimes de violence»

[En ligne] العدد 12 جويلية 2010N°12 Juillet 2010 ارشيف مجلة الآداب والعلوم الاجتماعيةArchive: Revue des Lettres et Sciences Sociales
Papier : ppfr : 17 - 31,
Date Publication Sur Papier : 2010-07-01,
Date Pulication Electronique : 2012-05-23,
mis a jour le : 28/01/2014,
URL : http://revues.univ-setif2.dz/index.php?id=481.